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Nom de Code Tricycle
Un casino à une heure avancée de la nuit. Des hommes et des femmes en tenue de soirée se pressent autour des tapis verts. L’air est lourd de cigarettes, d’alcools et de parfums. L’avidité, la tension et la convoitise règnent en maîtres…
Un homme en smoking blanc observe, les yeux mis clos dans la fumée, un joueur à la table de baccarat. L’un est un grand bourgeois anglais d’une trentaine d’années, l’autre un Yougoslave distingué âgé de 29 ans qui se sait surveillé, mais n’en laisse rien paraître. Le drame va se jouer en quelques minutes.
Cette scène est un instantané de la Seconde Guerre mondiale, tiré d’une histoire vraie survenue en 1941 au Portugal, pays alors neutre. Après avoir écrasé une bonne partie de l’Europe, les armées d’Hitler avançaient en Union soviétique. L’Angleterre, pilonnée mais toujours vaillante, tenait bon. Les Etats-Unis n’étaient pas encore entrés en guerre. Les deux hommes, espions dans une ville fourmillant d’espions, participaient à un combat clandestin qui allait décider du destin de millions d’hommes.
Ce très romanesque épisode du casino, l’Anglais l’utilisera des années plus tard – en le pimentant de quelques coups de revolver – dans un livre intitulé Casino Royale. Il s’appelait Fleming, Ian Fleming, et les nuits passées jadis aux tables de jeu lui offraient le cadre idéal pour la première aventure de James Bond, l’agent secret dont les fantastiques exploits – popularisés pendant plus d’un demi-siècle par des livres et des films cultes – continuent à attirer les foules et à engranger les dollars.
Fleming affirmait que son personnage de Bond était un amalgame de « tous les agents secrets » qu’il avait rencontrés lorsqu’il travaillait pendant la guerre pour les services secrets de la Navy.
Le jeune Yougoslave qu’il surveillait dans le casino était l’un d’eux. Il s’appelait Dusko Popov, l’auteur de ce livre. Un homme d’un courage extraordinaire dont les exploits ont été rapportés à Winston Churchill lui-même. A l’époque, un officier supérieur du MI-6 l’avait même présenté à un collègue américain comme « l’agent secret le plus important d’Angleterre ».
Le récit autobiographique de Dusko Popov est si époustouflant que, à défaut d’autres sources, on pourrait le soupçonner facilement de se donner le beau rôle et d’embellir les faits. A la veille de la première publication de son livre en 1974, des accusations en ce sens ont même été émises aux Etats-Unis, où Popov opéra quelque temps pendant la guerre… Depuis, peu, les archives des services secrets britanniques sont ouvertes au public et, associées à de nombreux documents du FBI récemment déclassifiés, elles rendent définitivement justice à un homme qui n’est plus là pour défendre sa réputation.
Lire la suite de l’introduction par Anthony Summers.
[Anthony Summers, journaliste irlandais a écrit de nombreuses biographies de personnages historiques y compris le Tsar Nicolas II, le président John F. Kennedy, J. Edgar Hoover et le président Richard Nixon. Il a aussi écrit des biographies de célébrités comme Marilyn Monroe et Frank Sinatra.]
Le livre est désormais en vente aux Editions de la rue:
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